
L’habitat coopératif à plusieurs échelles
Le principe de l’habitat coopératif est le suivant : un espace de propriété collective à but non lucratif, géré démocratiquement (un·e habitant·e = une voix). Un membre d’un habitat coopératif est donc à la fois propriétaire et usager d’un ensemble de logements gérés collectivement.
Dans le même immeuble
Ce principe est possible à différentes échelles. Si vous connaissiez déjà, c’est sûrement à l’échelle d’un immeuble ou d’une propriété. De notre côté, on en a entendu parlé pour la première fois par le projet du Village vertical. Un des premiers à avoir concrétisé l’idée. Cet immeuble situé à Villeurbanne (à côté de Lyon) a commencé à émerger en 2005. Les premièr·es habitant·es ont emménagé en 2013. Ce type de projets s’est depuis démultiplié.
On connaît bien le Groupe du 4 mars, un immeuble à la Croix-Rousse ou Chamarel, à Vaulx-en-Velin. Le groupe du 4 mars a la particularité d’avoir été pensé et développé avec un bailleur social « dans un esprit de mixité, de mutualisation, d’entraide et de non spéculation ». Cette mutualisation prend la forme d’une chambre d’ami·es, d’une grande buanderie, d’une salle commune, d’un jardin… Quant à Chamarel, il a la particularité de n’accueillir que des retraité·es !
Lors de nos formations à la coopération Animacoop, on finit souvent par 2 jours en résidentiel… dans un habitat partagé ! C’est en lien avec la thématique. On a pu découvrir notamment le Château de Montlaville ou le Château partagé. De chouettes nouvelles vies pour des bâtiments anciens, souvent trop chers pour un ménage seul et pas intéressant pour des promoteur·euses.
Dans le même quartier
Imaginez le même principe mais à une autre échelle… C’est ce qui est mis en place à Genève par la SCHG (Société Coopérative d’Habitation Genève). Quelques chiffres : 2 000 logements répartis dans près de 80 immeubles ! La coopérative se classe au 5e rang des plus gros propriétaires du canton, employant des salarié·es pour coordonner tout ça ! Une belle et grande utopie réaliste qui est née en 1919 !
D’autres exemples : le quartier Vauban à Fribourg ou dans un autre style Christiania à Copenhague.
Un parc de logement
Si on garde le même principe, sans être forcément voisin·es, on obtient… Coopriétaires. Tadam ! Cette initiative lyonnaise est née il y a plusieurs années. Elle se concrétise aujourd’hui 3 novembre 2026 avec le lancement d’une campagne citoyenne de financement (tiens, le hasard fait bien les choses avec la publication de cette infographie :-D). L’objectif est de réunir de nombreux logements au sein d’une même coopérative (et de les sortir du marché par la même occasion !). Et bien sûr, gérés collectivement par les habitant·es.
Au passage, on remercie Stéphanie & Yannick qui nous ont bien aidé pour faire cette infographie. Et aussi Baptiste, Claire et Mathilde avec qui on avait déjà parlé de cette initiative auparavant.
Pourquoi l’habitat coopératif se développe ?
Mais oui c’est vrai ça, on a expliqué le principe mais pas l’intérêt de la chose :-). Alors pourquoi l’habitat coopératif nous semble un chemin intéressant comme manière d’habiter ? 3 points nous semblent essentiels.
Économiquement plus abordable !
La gestion non lucrative de ces coopératives, au cœur du modèle, rend le logement plus abordable. « Pas de profits individuels, pas de dividendes, tous les revenus servent à couvrir les coûts réels d’usage et à développer de nouveaux projets. » l’explique Coopriétaires. À terme, quand les investissements initiaux liés à l’achat ou à la construction sont amortis, on peut viser une quasi-gratuité de l’habitation. Il reste seulement les coûts d’entretien & d’usage à couvrir ! Cela nous semble intéressant à l’heure où le logement prend une part de plus en plus importante du budget des ménages !
Socialement plus inclusif !
On le voit dans les chiffres présentés dans notre infographie, accéder à la propriété est devenu compliqué. Une réalité encore plus marquée dans les grandes villes où les inégalités sont les plus fortes (peu de propriétaires qui sont souvent multi-propriétaires !). Le prix des logements a connu une inflation non contrôlée depuis 25 ans. Les prix ont bondi : x2,6 en moyenne en France depuis 2000 (x3,9 à Lyon sur la même période) ce qui n’est pas le cas des salaires, vous l’avez peut-être remarqué… Pourtant pas de reportage au 20h, aucun ministre sur le plateau, ça passe inaperçu. C’est à l’opposé du traitement médiatique de l’inflation du panier de courses qui représente pourtant moitié moins de dépenses pour un ménage.
Ce modèle non spéculatif et collectif a donc pour but de rendre possible une propriété alternative pour toutes et tous. Finalement, ça revient à remettre de la démocratie dans le logement en gérant cela comme un commun.
Écologiquement plus pertinent ?
Quand on sait que le nombre de mètres carrés par personne est l’un des aspects les plus important de l’impact écologique du logement, pouvoir ajuster la taille de son logement aux étapes de sa vie semble pertinent. Ainsi, on peut imaginer déménager au sein de la même coopérative d’habitation en fonction de ses besoins. Au-delà de cet aspect, on s’aperçoit que les habitats coopératifs sont souvent à l’avant-garde de la rénovation (ou de la construction) écologique. Pas mal quand on sait qu’il y a 11% de passoires thermiques en France, non ?
La propriété privée, individuelle et lucrative au cœur du capitalisme
And last but not least… Ce modèle de propriété collective et non lucrative vient titiller le cœur du modèle capitaliste : la propriété privée, individuelle et collective.
Baptiste Mylondo (oui le même qui nous a parlé de Coopriétaires) explique ça très bien dans la vidéo ci-dessous. 40 minutes de pédagogie où il est donc question de logement coopératif mais aussi de chaussettes à Notre-Dame des Landes ou encore de réformisme-révolutionnaire. Belle écoute 😉



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