Prises de décisions collectives

Prises de décisions collectives

Pour une biodiversité des prises de décisions collectives !

Quand nous accompagnons des collectifs sur la thématique de la coopération, le sujet des prises de décisions collectives revient très régulièrement. On observe souvent une chose : un excès ! Les collectifs qui souhaitent mettre cela en place passe de la tyrannie du / de la chef·fe (qui décide de tout, tout·e seul·e) à la tyrannie du groupe (et si on décidait de tout tous·tes ensemble ?). On n’a pas mesuré ça scientifiquement, mais l’une ne semble pas mieux que l’autre 🙂

L’idée de cet article et de notre infographie sur les prises de décisions collectives est donc de vous inviter à une diversité dans vos manières de décider en groupe. On voit bien que si on applique le même processus de décision pour valider la raison d’être du collectif et la marque du papier toilette, ce n’est peut-être pas l’idéal !

Critique du vote comme méthode de prise de décision collective

De manière générale, quand il s’agit de décider, on vote. Comment ? Souvent à main levée et la majorité l’emporte. Si on pousse un peu, on fait 2 tours en gardant les 2 propositions (où les 2 candidat·es) qui ont eu le plus de voix au premier tour. Tout ceci nous parait naturel tellement c’est ancré en nous culturellement (coucou le régime présidentiel). On peut par exemple noter qu’il est stipulé noir sur blanc que les délégué·es de classe à l’école doivent être élu·es au scrutin uninominal à 2 tours !

Première critique, cette méthode de vote n’est qu’une parmi d’autres. Et elle a plusieurs biais. On peut notamment remarquer que le fait de ne pouvoir choisir qu’une seule personne (ou une seule proposition) défavorise les propositions proches. Éparpillement des voix au premier tour (coucou la gauche désunie) et donc souvent phénomène de vote utile ! Eh oui tout cela est structurel et pas (seulement) la faute de nos ami·es politicien·nes 🙂 . Autre méfait, à la fin on se retrouve globalement avec presque 50% de gens mécontents. C’est pour cette raison que nous avions déjà fait une infographie sur le jugement majoritaire lors d’une présidentielle.

Méthodes de vote alternatives

On vous présente quelques méthodes de vote alternatives : cumulatif, Borda, alternatif et justement le jugement majoritaire. On les utilise surtout car elles permettent d’aboutir à un résultat rapide. Idéales pour une décision sans trop d’importance, ou pour faire un premier tri parmi les propositions avant de discuter de celles qui ressortent.

Des résultats différents selon les méthodes de votes ?

Ne cherchez pas une méthode de vote parfaite pour vos prises de décisions collectives, ça n’existe pas. Chaque méthode a ses biais. La preuve, à partir d’un même classement de préférence initiale, on en arrive à des résultats différents.

Prenons un débat (fictif) : quel personnage de dessin animé est le préféré de l’école ? Stitch, la Reine des neiges ou Vaiana ?

N’hésitez pas à remplacer par Cendrillon, Simba et Pocahontas (voire Mickey, Donald et Picsou 🙂 )

Si on a 60 élèves dans cette école et qu’iels classent les personnages comme cela :

  • 23 dans l’ordre : Stitch / Reine des neiges / Vaiana
  • 19 dans l’ordre : Vaiana / Reine des neiges / Stitch
  • 16 dans l’ordre : Reine des neiges / Vaiana / Stitch
  • 2 dans l’ordre : Reine des neiges / Stitch / Vaiana

On peut à partir de ce classement simuler tout un tas de votes.

On commence avec le notre scrutin uninominal (à deux tours !)
  • 1er tour : Stitch 23 votes / Vaiana 19 votes / Reine des neiges 18 vote >> Stitch & Vaiana sont qualifié·es pour le second tour
  • 2ème tour : Gros report sur Vaiana qui remporte l’élection à 35 voix contre 25 pour Stitch. On a une nouvelle présidente pour la France !

À noter qu’il existe aussi le scrutin uninominal à un tour (où on s’arrête au premier tour). Dans ce cas là, c’est donc Stitch qui est élu en Islande (système utilisé pour la présidentielle là bas !)

Autres systèmes de votes
  • avec le vote Condorcet, on simule tous les duels et dans notre exemple c’est la Reine des neiges qui gagne (3 scrutins – 3 résultats pour l’instant).
  • avec le vote alternatif, on élimine celui ou celle qui a eu le moins de premier choix (voir le vignette plus haut), on retombe sur Vaiana. Utilisé pour la présidentielle en Irlande.
  • avec la méthode de Coombs, s’il n’y a pas de majorité, on élimine celui ou celle qui est le ou la plus souvent dernière. Dans notre exemple, c’est Stitch qui serait éliminé au premier tour, arrivant à la fois le plus souvent en premier mais aussi (ce qui compte ici) le plus souvent en dernier. C’est alors la Reine des neiges qui gagne.
  • avec Borda, on attribue des points en fonction d’un classement (expliqué en vignette également), tout dépend alors du barème que l’on fixe ! Si on donne 3 points pour la première place, 2 pour la deuxième et 1 pour la troisième, c’est la Reine des neiges qui gagne avec 138 points devant Vaiana 114 points et Stitch 106. La voici Ballon d’or ou gagnante de l’Eurovision (c’est Borda qui est utilisé dans ces scrutins) !

À partir de ce classement, on ne peut pas simuler le vote cumultatif ni le vote par jugement majoritaire. Ceux-ci permettent une nuance dans les choix que ne permet pas le classement brut. C’est une des raisons qui nous fait préférer ces 2 méthodes de votes quand nous avons besoin de plus de précisions. Mais, encore une fois, la méthode parfaite n’existe pas 😉

Des prises de décisions collectives au-delà du vote

Si on devait résumer notre manière de voir les prises de décisions collectives, on dirait que l’enjeu est de décider ensemble de qui peut décider de quoi et comment. Mais alors comment on décide de comment on décide (l’œuf ou la poule 🙂 ) ? Vaste question, on aurait tendance à dire que l’essentiel est se laisser tester des choses, d’évaluer régulièrement comment ça fonctionne, puis d’ajuster en fonction, dans un principe de méthodes agiles.

Vous pouvez tout de même avoir en tête un principe directeur (mais pas un dogme). Plus la décision est importante plus elle devrait être collective ! C’est cette frise (et non pas une échelle – il n’y a pas de mieux ou de moins bien) que vous retrouvez en bas de notre infographie : des prises de décisions individuelles aux prises de décisions collectives. Dans cette frise, les votes sont au milieu mais ils sont bien entourés !

Méthodes de décision sans vote

On pourrait imaginer les choses comme cela :

  • des périmètres d’autorité bien définis où chacun·e peut décider seul·e des actions concrètes et journalières dans le cadre de son rôle actuel ;
  • des sollicitations d’avis sur des sujets impactants plus de monde (cette méthode est parfois mise en place plus largement) ;
  • les votes pour avoir une vision d’ensemble rapide et/ou quand on est beaucoup ;
  • le principe des objections (avec la décision à zéro objection ou encore l’élection sans candidat·e) pour les décisions structurantes ;
  • et enfin, le principe du consensus pour changer ou définir la mission / l’objectif du collectif.

Ceci est une grille de lecture et une proposition bien incomplète. L’idée est vraiment de co-construire cela ensemble dans votre collectif pour que ça fonctionne ! Ce qui fonctionne dans un collectif ne fonctionnera peut-être pas dans un autre !

Pour aller plus loin, nous vous conseillons :

Mais au fait, choix ou décision ?

Dans le langage courant, on pourrait les considérer comme synonyme. Pourtant, décider, ce n’est pas faire un choix. Un choix est basé sur une réflexion rationnelle, si une option est meilleure que les autres, on la choisit. C’est quand on ne peut évaluer les options de manière objective que l’on doit décider. On décide parce qu’on ne sait pas, pas assez pour faire un choix.

Cette distinction nous a sauté aux oreilles en écoutant la réponse de Charles Pépin, philosophe, à la question « Comment réussir à décider ? » sur France Inter. Son billet, de 5 minutes, est disponible ici.

Pour reprendre ses mots, décider, c’est donc s’engager dans l’incertain (encore plus en collectif où les visions des personnes peuvent être variées). Et bien souvent, si on a du mal à prendre une décision, c’est qu’on ne veut pas s’engager sans être certain. On vous engage donc vivement à prendre des décisions, vous verrez bien où ça vous mène ;-). Ça fait d’ailleurs le lien avec une infographie précédente sur la distinction intention / attention.

Pour conclure. Choisir, c’est savoir avant d’agir. Décider, c’est agir avant de savoir. C’est même agir pour savoir.

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