La tolérance

le paradoxe de la tolérance

La tolérance de Voltaire

Voici la définition de la tolérance dans laquelle nous nous retrouvons le plus : « État d’esprit de quelqu’un ouvert à autrui et admettant des manières de penser et d’agir différentes des siennes. » Partant de là, on devrait donc être d’accord avec la fameuse citation de Voltaire.

« Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire. »

Alors oui… et non ! Non d’abord parce qu’a priori Voltaire n’a jamais dit ça. Mais surtout parce qu’il y a une limite à la tolérance. On dit souvent que sa liberté s’arrête là où commence celle des autres. En paraphrasant, on pourrait dire que la tolérance s’arrête là où l’intolérance commence 🙂

Si on reprend la pseudo citation de Voltaire tout dépend donc du « ce que vous dites » de l’interlocuteur·ice. Dans le cas où son propos entre dans le cadre de la tolérance (respect des personnes et ouverture aux idées) alors c’est un grand oui. Dans le cas contraire (attaque sur les personnes et/ou fermeture aux idées), alors il ne faut pas se battre pour qu’iels puissent le dire, sinon ça détruit le cadre de la tolérance… sacré paradoxe !

Le paradoxe de la tolérance

Karl Popper a mis en avant ce paradoxe dans son livre La Société ouverte et ses ennemis, publié en 1945. Il y explique que la tolérance illimitée amène à la destruction de la tolérance.

« Nous devrions donc revendiquer, au nom de la tolérance, le droit de ne pas tolérer l’intolérant. »

La question qui se pose est alors la suivante : qu’est-ce que l’intolérance ? Comment la définir précisément pour savoir quand poser une limite à la tolérance ? Pour Karl Popper, le début de l’intolérance commence avec la sortie de l’argumentation et du débat d’idées.

 «Tant qu’il est possible de les contrer par des arguments logiques et de les contenir avec l’aide de l’opinion publique, on aurait tort de les interdire, précise-t-il. Mais il faut toujours revendiquer le droit de le faire, même par la force si cela devient nécessaire, car il se peut fort bien que les tenants de ces théories se refusent à toute discussion logique et ne répondent aux arguments que par la violence. Il faudrait alors considérer que, ce faisant, ils se placent hors la loi et que l’incitation à l’intolérance est criminelle au même titre que l’incitation au meurtre, par exemple. Si l’on est d’une tolérance absolue, même envers les intolérants, et qu’on ne défende pas la société tolérante contre leurs assauts, les tolérants seront anéantis, et avec eux la tolérance. »

Arguments logiques, discussions logiques… on voit toute l’importance de l’ouverture aux idées dans sa définition de la tolérance.

Relativisme, pluralisme et objectivité

De manière plus large, il met en avant la réfutabilité. « Soit l’idée qu’une théorie n’est vraie que si elle reste ouverte à la critique, c’est-à-dire si elle demeure en droit réfutable ». C’est dans ce cadre là qu’il différencie deux notions qui sont parfois rapprochées à tord : relativisme et pluralisme.

  • Le relativisme se définit comme la « doctrine qui admet la relativité de toute connaissance humaine ». Karl Popper associe ce relativisme à une tolérance laxiste car si on la pousse à l’extrême « le relativisme est la position selon laquelle on peut tout affirmer ou presque tout, et par conséquent rien ».
  • Face au tout se vaut du relativisme, il met en avant le pluralisme critique. « Le pluralisme critique est la position selon laquelle, dans l’intérêt de la vérité, chaque théorie – tant mieux si elles sont nombreuses – doit entrer en concurrence avec d’autres. Cette concurrence consiste dans la discussion rationnelle des théories et leur examen critique. La discussion est rationnelle, cela signifie que l’enjeu est la vérité des théories en concurrence : la théorie qui semble se rapprocher le plus de la vérité dans la discussion critique est la meilleure ; et la meilleure théorie évince les plus mauvaises. »

Objectivité, la somme de nos subjectivités

On en revient à l’importance du débat d’idées, et l’acceptation de leur réfutabilité. Une autre manière de dire tout cela serait de parler d’objectivité et de subjectivité en s’appuyant sur les propos de Bruno Latour dans Face à Gaïa. Rien n’est objectif, tout est émis depuis un point particulier (le fameux « d’où je parle »), l’objectivité est plutôt un horizon à viser. Comment tendre vers l’horizon de l’objectivité depuis notre berge de subjectivité ? En acceptant les objections et en les traitant par le débat d’idées.

Ne confondons pas nos ennemis et nos adversaires

Avec nos adversaires, nous sommes dans un cadre de tolérance. Nous ne sommes pas d’accord mais nous pouvons discuter. Pas avec nos ennemis !

Depuis maintenant 10 ans, on assiste à l’intolérance de Donald Trump, son refus du réel et de la contradiction. Au départ, on regardait ça de loin, presqu’avec un peu d’amusement. Maintenant, la politique et les médias français sont à leur tour touchés par ce relativisme qui inverse parfois les valeurs.

L’extrême droite est partout la bienvenue, on les invite à s’exprimer comme n’importe quel autre parti. Pourtant, on comprend bien qu’iels ne jouent pas le même jeu que nous. Partout où l’extrême droite a pris le pouvoir, la liberté de la presse diminue, les libertés individuelles ou le soutien aux plus précaires aussi, quand les libertés du capital augmentent. À tolérer leurs discours, nous amenuisons petit à petit notre tolérance commune… pour nous réveiller dans une société de l’intolérance ?

Comment lutter contre l’extrême droite ?

On vous propose deux pistes pour lutter contre l’intolérance.

Au niveau global, on pourrait s’inspirer de la Belgique. En Wallonie, la Belgique francophone, la RTBF (l’équivalent de Radio France et France TV) a décidé de fermer ses antennes aux représentants de l’extrême droite, dès 1991 ! Et ça marche, la visibilité et l’influence de l’extrême droite belge sont limitées.

Au niveau local, Lumir Lapray, autrice de « Ces gens-là », nous propose une piste pour retrouver le chemin de la tolérance : discuter. Oui, vous avez bien lu, discutons avec les électeur·ices de l’extrême droite – pas les leaders et membres de groupuscule qui sont nos vrais ennemis – notamment pour :

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