Le numérique au service de l’intelligence collective la stigmergie (discussions lors du forum ouvert)
Type de ressource
- Au fil de nos discussions...
Description
Histoire autour des insectes sociaux et de la date de l’apparition de ces insectes il ya 300 million d’années. Est expliqué la contradiction entre les actions mener dans le cadre d’un travail en mode projet et les taches exécutées par les insectes sociaux en laissant une trace biochimique.
Exploration du web cémantique afin que les informations soit inter opérable , pour essayer d’éviter de vivre dans des silo d’information.
Le Concept de Stigmergie Illustré par les Termites
Les intervenants prennent appui sur les insectes sociaux pour introduire la stigmergie, avec un focus sur les termites, apparus il y a environ 300 millions d'années. Contrairement aux abeilles qui repèrent une fleur puis rapportent le pollen à la ruche, les termites construisent sans plan centralisé ni instruction hiérarchique. Chaque termite saisit un fragment de terre, une brindille ou de l’herbe, le dépose, puis d’autres termites reprennent et déplacent l’élément un peu plus loin. La répétition distribuée de ces micro-actions aboutit à des architectures impressionnantes, des termitières hautes de 3 ou 4 mètres, parfois davantage, qui perdurent au-delà de la vie individuelle des termites. Ces structures sont décrites comme de véritables « villes » disposant, métaphoriquement, de fonctions internes diversifiées, « des frigos » et d’autres aménagements remarquables.
Le ressort informationnel n’est pas une intention consciente, mais des traces biochimiques — les phéromones — déposées dans l’environnement. Ces marqueurs dirigent l’activité des autres, chez les termites comme chez les fourmis, et constituent la mémoire externe et partagée du groupe. Cette interaction indirecte et asynchrone, sans supervision centralisée, est reconnue par les scientifiques et a inspiré la notion d’« intelligence collective synergique ». Dans ce paradigme, « laisser des traces » est fondamental : il s’agit d’inscrire dans l’environnement une information utile qui attire ou oriente d’autres contributions. L’un des intervenants souligne que, chez l’humain, l’intérêt des traces tient à l’élan intérieur — laisser une trace parce que cela plaît et que l’on souhaite partager — plutôt qu’à une logique d’ordre, de contrôle ou de prescription.
L'Intelligence Collective Humaine : Entre Spontanéité et Gestion de Projet
Transposée au monde humain, la stigmergie éclaire la tension entre entraide spontanée et gestion de projet formaliste. L’entraide, omniprésente mais souvent « en arrière-plan », structure le quotidien sans nécessairement être théorisée : on s’organise, on se rend service, parfois en dernière minute (par exemple, aider un ami le dimanche si la semaine n’a pas suffi). Cette dynamique repose sur la réciprocité davantage que sur la « revanche », à l’image de certaines licences open source.
À l’inverse, la gestion de projet moderne — omniprésente depuis les années 70–80 — impose une vision linéaire A→Z, finalisée par des objectifs et la « performance ». Cette approche fragmente le travail, crée des dépendances en chaîne (fondations avant plateaux, etc.) et pâtit régulièrement de retards structurels. Les artistes et artisans nuancent toutefois la notion de « projet » : pour eux, il s’apparente à une exploration, avec un « Z » non prédéfini et des bifurcations possibles, l’imprévu faisant partie de la pratique. Une confrontation culturelle apparaît ainsi entre milieux administratifs (plus linéaires) et praticiens (plus ouverts).
Des exemples culturels et contextuels viennent relativiser la rigidité temporelle des projets. En Afrique, un rapport au temps et au travail plus souple, non centré sur des dates fixes, peut se révéler aussi efficace, voire plus fluide, que des plans formalisés rarement respectés. La thèse générale défendue est qu’une intelligence collective vivante émerge d’arrangements locaux, d’une entraide spontanée et d’une circulation des contributions, plutôt que d’un contrôle exhaustif. Les intervenants appellent à un « virage culturel » pour replacer au centre la logique des traces, du partage et de la réciprocité.
Le Défi des Silos et la Solution de l'Interopérabilité Numérique
Le passage au numérique révèle un obstacle majeur à la coopération : les silos informationnels. Par concurrence, ego, manque de confiance ou d’autres raisons superposées, l’information « ne passe pas », provoquant redondances et inefficiences. S’installe alors une séquence où l’on réclame d’abord la confiance avant la coopération, difficile à instaurer dans un climat compétitif.
La proposition avancée est l’interopérabilité, conceptualisée par le web sémantique. Il s’agit de rendre les données portables entre applications afin que l’information circule d’un système à l’autre, atteigne la bonne personne au bon endroit et au bon moment. Les intervenants rappellent que, si les GAFAM offrent une partie de la réponse via la recherche, celle-ci reste orientée par des finalités commerciales, avec des résultats insatisfaisants ou tardifs (« à la dixième page » et parfois inappropriés). Le web sémantique vise une pertinence plus exigeante, enracinée dans le partage ouvert et la qualité des traces laissées.
Un cas concret est évoqué autour d’une visio à 18h00 avec une personne ayant fondé une SCIC nommée Reconnexion, en Corse, dirigée par Sébastien Rosset (RO2SET), impliqué dans un écosystème de « santé virtuelle » et travaillant de longue date sur le web sémantique et l’interopérabilité informationnelle. L’échange souligne que, dans une perspective de communs, « laisser des traces » bien structurées, accessibles et réutilisables permet à des moteurs (ou équivalents) de relier besoins et contenus utiles. La formule « bonne information, bon endroit, bonne personne » est reconnue comme simplificatrice, mais elle sert de boussole pratique pour imaginer des mécaniques d’appariement plus intelligentes. Là encore, un virage culturel est requis pour dépasser l’enseignement du contrôle et de la rétention au profit d’une coopération ouverte.
Transiscope : Une Application Concrète de la Stigmergie Numérique
Transiscope est présenté comme un « portail web des alternatives » qui illustre la stigmergie numérique et l’interopérabilité par des données partagées entre acteurs décentralisés. Le portail est en bêta et procède à des essais sur deux ou trois sites. Il a fusionné avec le CTC (Collectif Citoyenne), tandis que le CPC (Collectif Citoyenne) regroupe 35 cultures, incluant ATTAC, et que l’NTL fait partie du CPC. Un « transit coton » s’est récemment tenu à Clermont-Ferrand.
Sur le plan technique et organisationnel, Transiscope n’est pas un centre de stockage exclusif, mais une interface décentralisée qui agrège des sources multiples: environ une cinquantaine de « sourceurs » composent l’écosystème, incluant la plateforme des Colibris, Alternatiba à Lyon, Ancilla en Bretagne, Bretagne créative, et Terre de Liens. Les bases de données de chacun sont partagées et s’enrichissent mutuellement, sans que l’unique propriétaire des données soit le portail lui-même (une association existe pour des raisons administratives). Cette logique de communs favorise la réciprocité informationnelle plutôt que la rétention destinée à capter du trafic ou des ventes sur un site unique.
À date, Transiscope déclare 50 000 références d’alternatives au niveau de la métropole européenne. L’objectif est de permettre aux acteurs d’un même territoire de « se voir et coopérer », en faisant de Transiscope un portail où tous les écosystèmes peuvent se nourrir et se rencontrer. Les agendas des tiers-lieux sont déjà opérables et référencés. Un « agenda interopérable » est en cours de développement: il doit permettre à chacun de retrouver la bonne information au moment opportun, de localiser les lieux pertinents et de partager vers les bonnes personnes, à la différence d’un agenda centralisé piloté par une collectivité (exemple de Lyon) qui ne reflète pas toujours les besoins des usagers. Sur l’agenda interopérable de Nantes, il existe actuellement quatre ou cinq sourceurs, avec une ambition d’extension à 10, 15, 20 ou plus. L’ensemble constitue, selon les intervenants, une démonstration robuste de faisabilité, de valeur coopérative et d’inspiration pour d’autres acteurs.
Exploration du web cémantique afin que les informations soit inter opérable , pour essayer d’éviter de vivre dans des silo d’information.
Le Concept de Stigmergie Illustré par les Termites
Les intervenants prennent appui sur les insectes sociaux pour introduire la stigmergie, avec un focus sur les termites, apparus il y a environ 300 millions d'années. Contrairement aux abeilles qui repèrent une fleur puis rapportent le pollen à la ruche, les termites construisent sans plan centralisé ni instruction hiérarchique. Chaque termite saisit un fragment de terre, une brindille ou de l’herbe, le dépose, puis d’autres termites reprennent et déplacent l’élément un peu plus loin. La répétition distribuée de ces micro-actions aboutit à des architectures impressionnantes, des termitières hautes de 3 ou 4 mètres, parfois davantage, qui perdurent au-delà de la vie individuelle des termites. Ces structures sont décrites comme de véritables « villes » disposant, métaphoriquement, de fonctions internes diversifiées, « des frigos » et d’autres aménagements remarquables.
Le ressort informationnel n’est pas une intention consciente, mais des traces biochimiques — les phéromones — déposées dans l’environnement. Ces marqueurs dirigent l’activité des autres, chez les termites comme chez les fourmis, et constituent la mémoire externe et partagée du groupe. Cette interaction indirecte et asynchrone, sans supervision centralisée, est reconnue par les scientifiques et a inspiré la notion d’« intelligence collective synergique ». Dans ce paradigme, « laisser des traces » est fondamental : il s’agit d’inscrire dans l’environnement une information utile qui attire ou oriente d’autres contributions. L’un des intervenants souligne que, chez l’humain, l’intérêt des traces tient à l’élan intérieur — laisser une trace parce que cela plaît et que l’on souhaite partager — plutôt qu’à une logique d’ordre, de contrôle ou de prescription.
L'Intelligence Collective Humaine : Entre Spontanéité et Gestion de Projet
Transposée au monde humain, la stigmergie éclaire la tension entre entraide spontanée et gestion de projet formaliste. L’entraide, omniprésente mais souvent « en arrière-plan », structure le quotidien sans nécessairement être théorisée : on s’organise, on se rend service, parfois en dernière minute (par exemple, aider un ami le dimanche si la semaine n’a pas suffi). Cette dynamique repose sur la réciprocité davantage que sur la « revanche », à l’image de certaines licences open source.
À l’inverse, la gestion de projet moderne — omniprésente depuis les années 70–80 — impose une vision linéaire A→Z, finalisée par des objectifs et la « performance ». Cette approche fragmente le travail, crée des dépendances en chaîne (fondations avant plateaux, etc.) et pâtit régulièrement de retards structurels. Les artistes et artisans nuancent toutefois la notion de « projet » : pour eux, il s’apparente à une exploration, avec un « Z » non prédéfini et des bifurcations possibles, l’imprévu faisant partie de la pratique. Une confrontation culturelle apparaît ainsi entre milieux administratifs (plus linéaires) et praticiens (plus ouverts).
Des exemples culturels et contextuels viennent relativiser la rigidité temporelle des projets. En Afrique, un rapport au temps et au travail plus souple, non centré sur des dates fixes, peut se révéler aussi efficace, voire plus fluide, que des plans formalisés rarement respectés. La thèse générale défendue est qu’une intelligence collective vivante émerge d’arrangements locaux, d’une entraide spontanée et d’une circulation des contributions, plutôt que d’un contrôle exhaustif. Les intervenants appellent à un « virage culturel » pour replacer au centre la logique des traces, du partage et de la réciprocité.
Le Défi des Silos et la Solution de l'Interopérabilité Numérique
Le passage au numérique révèle un obstacle majeur à la coopération : les silos informationnels. Par concurrence, ego, manque de confiance ou d’autres raisons superposées, l’information « ne passe pas », provoquant redondances et inefficiences. S’installe alors une séquence où l’on réclame d’abord la confiance avant la coopération, difficile à instaurer dans un climat compétitif.
La proposition avancée est l’interopérabilité, conceptualisée par le web sémantique. Il s’agit de rendre les données portables entre applications afin que l’information circule d’un système à l’autre, atteigne la bonne personne au bon endroit et au bon moment. Les intervenants rappellent que, si les GAFAM offrent une partie de la réponse via la recherche, celle-ci reste orientée par des finalités commerciales, avec des résultats insatisfaisants ou tardifs (« à la dixième page » et parfois inappropriés). Le web sémantique vise une pertinence plus exigeante, enracinée dans le partage ouvert et la qualité des traces laissées.
Un cas concret est évoqué autour d’une visio à 18h00 avec une personne ayant fondé une SCIC nommée Reconnexion, en Corse, dirigée par Sébastien Rosset (RO2SET), impliqué dans un écosystème de « santé virtuelle » et travaillant de longue date sur le web sémantique et l’interopérabilité informationnelle. L’échange souligne que, dans une perspective de communs, « laisser des traces » bien structurées, accessibles et réutilisables permet à des moteurs (ou équivalents) de relier besoins et contenus utiles. La formule « bonne information, bon endroit, bonne personne » est reconnue comme simplificatrice, mais elle sert de boussole pratique pour imaginer des mécaniques d’appariement plus intelligentes. Là encore, un virage culturel est requis pour dépasser l’enseignement du contrôle et de la rétention au profit d’une coopération ouverte.
Transiscope : Une Application Concrète de la Stigmergie Numérique
Transiscope est présenté comme un « portail web des alternatives » qui illustre la stigmergie numérique et l’interopérabilité par des données partagées entre acteurs décentralisés. Le portail est en bêta et procède à des essais sur deux ou trois sites. Il a fusionné avec le CTC (Collectif Citoyenne), tandis que le CPC (Collectif Citoyenne) regroupe 35 cultures, incluant ATTAC, et que l’NTL fait partie du CPC. Un « transit coton » s’est récemment tenu à Clermont-Ferrand.
Sur le plan technique et organisationnel, Transiscope n’est pas un centre de stockage exclusif, mais une interface décentralisée qui agrège des sources multiples: environ une cinquantaine de « sourceurs » composent l’écosystème, incluant la plateforme des Colibris, Alternatiba à Lyon, Ancilla en Bretagne, Bretagne créative, et Terre de Liens. Les bases de données de chacun sont partagées et s’enrichissent mutuellement, sans que l’unique propriétaire des données soit le portail lui-même (une association existe pour des raisons administratives). Cette logique de communs favorise la réciprocité informationnelle plutôt que la rétention destinée à capter du trafic ou des ventes sur un site unique.
À date, Transiscope déclare 50 000 références d’alternatives au niveau de la métropole européenne. L’objectif est de permettre aux acteurs d’un même territoire de « se voir et coopérer », en faisant de Transiscope un portail où tous les écosystèmes peuvent se nourrir et se rencontrer. Les agendas des tiers-lieux sont déjà opérables et référencés. Un « agenda interopérable » est en cours de développement: il doit permettre à chacun de retrouver la bonne information au moment opportun, de localiser les lieux pertinents et de partager vers les bonnes personnes, à la différence d’un agenda centralisé piloté par une collectivité (exemple de Lyon) qui ne reflète pas toujours les besoins des usagers. Sur l’agenda interopérable de Nantes, il existe actuellement quatre ou cinq sourceurs, avec une ambition d’extension à 10, 15, 20 ou plus. L’ensemble constitue, selon les intervenants, une démonstration robuste de faisabilité, de valeur coopérative et d’inspiration pour d’autres acteurs.